QUEUE FER

Tentative d’écriture. J’ai réfléchi à ta question – à LA question. Que faire ? Au sujet des flux des corps des humains qui passent. Tentent. Au sujet des vies que l’on tue. J’y ai réfléchi, j’avais cela quelque part dans ma tête, au fond, cette semaine, à B. Puis D. J’ai cela depuis longtemps, à l’intérieur de moi, depuis toujours, peut-être. Que faire ? Tentative d’écriture parce que les mots sont minuscules. Futiles. Indécents. Dans la forêt bélarusse. Sous le soleil d’Athènes. À l’entrée d’une tente. J’ai retrouvé ce silence, hier. Assis par terre au milieu d’eux qui m’ont appris comme on déguste des graines de tournesol, en en brisant la coque avec les dents entre les deux de devant très vite comme on crache les quelques filaments qui restent, après, pour passer aussitôt à la graine suivante. Toute cette opération est l’affaire de quelques secondes – à peine. Je m’améliore. Je ne m’étouffe plus, disons. J’apprécie l’expérience, même. J’avais les lèvres brûlantes de sel. Nous étions très concentrés sur cet apprentissage mon professeur particulier – qui riait beaucoup et moi pour ne pas oublier que dans quelques jours ils vont tous mourir, peut-être. Je lutte contre, donc, je me débats dedans pour essayer de répondre. Je ne crois pas qu’il faille s’efforcer de le fuir le déguiser, ce silence. Je crois que c’est où, justement, commence la question. Que faire ? Puisqu’on en est là, puisque l’on est allés jusque-là, puisqu’ils mourront dans la mer – et que je continuerai à écrire, moi, à rire, même, puisque nous oublierons comme nous oublions toujours, que faire ?

J’étais avec ces gens, ces fous, autant le dire, qui grimpent dans les arbres à huit heures du soir pile, ne dorment pas assez qui cherchent où danser qui fouillent la forêt, ce genre de choses, ce genre de gens, j’étais là, et j’en suis un, peut-être, c’est terrible et ravissant.

I remember when I was you, she said.

Que faire ?

Ça.

Ce que l’on fait déjà. Rien. S’asseoir sous le grand arbre dont les racines lianes énormes tentacules rêches et réconfortantes font comme autant de sièges du conseil. Écouter le bruit des vagues dans les feuilles de la mer à l’envers rire et puis se taire vivre dehors, vraiment, sortir de là, abattre les murs, avec la tête s’il le faut danser du bout des doigts ne pas hésiter à enfreindre la loi oublier les brassards la mort c’est le froid – donc se serrer très fort.

*Version audio disponible : https://tremble.fr/radio-kos/

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