Cou d’un soir

Nous passons la nuit ensemble.

Ça n’était pas prévu ça arrive comme ça on se trouve toi et moi. Là. Tu fais un petit bruit ou un signe du doigt je ne sais plus je lève la tête je marchais ailleurs je pensais j’avais oublié le reste autour et puis – toi.

J’aime ton sourire.

Nous nous retrouvons là seuls au milieu des autres. Toi assis sur ton sac moi adossée au mur. Dans nos bagages l’enfance à mille kilomètres. Tu parles un peu, demandes, tu ne dis pas grand-chose alors moi je raconte jusqu’à ce que tu –

Athènes le premier bord tu attendras un peu un temps encore mais je sais déjà quand tu m’appelles. Et je souris d’écume à tes rêves d’Angleterre.

Il n’y a pas de Et toi ? à chaque bout de phrase découverte on laisse le silence. Un trou. Sept ans – une vie avant que tu ne rentres. Tes yeux sont loin. Ils brillent. Ou bien le reflet des néons dans cette nuit sans fin.

Me regardes et peut-être que tu mens mais tu parles enfin quelque chose qui sort coule j’observe les muscles de ton corps se détendre ton visage –

Tu as un beau visage. 

Tu m’offres les biscuits que tu manges à n’en plus pouvoir depuis le train le matin depuis Marseille tu me donnes tout le paquet à la fin tu veux que je boive aussi tu demandes si je n’ai pas trop froid je réponds que ça va c’est l’été nous avons de la chance. Nous pensons prendre une chambre d’hôtel et puis non parce que si cela arrivait quand nous étions là-bas ? Si on nous oubliait. On devait partir, souviens-toi, avant de s’inventer avant de s’échouer là.

Je dis qu’on pourrait regarder le soleil se lever, même. Tu demandes ce que j’écris. Toi qui d’autre que toi ? Ce que je ne réponds pas je range le carnet je fais quelques pas.

L’homme un peu fou peu seul qui marmonne et puis danse en levant un bras vers je ne sais quel ciel que les autres ne voient pas l’homme un peu fou peu seul était derrière moi, tout à l’heure.

J’en oublierais presque la cuillère volée.

Mon argent contre ta bouche.

Mais quand tu me regardes pour dire quelque chose dans le vent du train qui passe je n’entends rien que tes cheveux qui volent que ton corps qui lutte que le temps qui s’échappe –

et nous fracasse.

*Version audio disponible : https://tremble.fr/radio-kos/

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