Les premiers de septembre

L’enfant, un jour.

(Ou est-ce toute autre chose ?)

Les premiers de septembre*

Il apprend les mots nouveaux la langue étrange l’idiome des sauvages d’ici sur les grands panneaux lumineux qui annoncent la pluie dans la gare centrale.

[…]

Il sourit aux quelques pauvres qui restent – qui sortent ? osent paraître ? pour se sentir mieux. Ou est-ce parce que, pour la première fois, il a peur de devenir eux ? 

Il imagine une tour. Ce serait l’un des plus hauts étages – le trois-cent-quarante-septième, sans doute. Aux larges vitres propres laissant entrer la lumière, d’où regarder le monde s’agiter bruyant vulgaire, en dessous. C’est-à-dire que les enfants nés ici n’auraient pas le vertige. Mais des airs de plastique des visages comme la cire, plus tard, derrière les orchidées. Celui de la femme le long de la promenade tombait. Et il se rappelle, après quelques pas, s’être demandé

Est-ce que les gens meurent dans ce morceau de monde ?

Pour aussitôt s’entendre répondre par une autre de ces voix étrangères venues de l’intérieur – assurément. Seulement, elles ont l’amabilité de mourir avec discrétion.

Il arpente les couloirs vides du savoir – un carré de verre des filets aux étages comme une terre vierge – où tout reste à écrire. Il faut sonner une cloche pour réveiller les livres. Alors à la suite du professeur-trombone qui s’exclame ravi ne sait rien ose demander seulement le doigt levé le sourcil en accent circonflexe jusque dans le sommeil on parcourt les pages jaunies on recherche les traces on guette la lionne sur laquelle sans savoir on est assis.

Qui – du savant ou du poète ?

Un matin il la regarde enfin droit dans les yeux c’est-à-dire droit dans le pli des paupières scellées comme une bouche bleue selées comme une mer immense c’est laid comme un amer silence si long si rance si loin comme un amour d’enfance – sans fin c’est-à-dire dans les creux dans le vide un matin il la regarde enfin droit dans la honte et il dit

Peut-être –

Il longe l’eau placide avance tout droit sans réfléchir. C’est comme on vit, ici, parfois, il lui semble. Une bulle. Une image. Électrocardiogramme plat comme le paysage. Il faut chercher les mots les vibrations le brouillard. Tout est si clair simple calme – irréel. Il marche dans les rues droites propres muettes et il pense à . Aux collines aux odeurs au vacarme et au ciel. Au désordre. À la mer. Il pense et n’y pense plus trop pour ne pas avoir mal. Regarde plutôt autour – tant qu’il y est. Il prend des notes dans sa tête et trouve fou qu’un tel monde existe (encore ?). Il se sent un alien. Un espion. Une erreur.

Il aime bien. 

Parfois il se demande s’il vit ou s’il joue à la vie.

*Version audio disponible : https://tremble.fr/radio-kos/

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s